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À la rencontre des sciences médico-légales

À la rencontre des sciences médico-légales

L'archéologie

 Ressources / L'archéologie

L’archéologie judiciaire

L’archéologie judiciaire est l’application de l’archéologie (l’étude des cultures et des activités passées) aux enquêtes judiciaires. Les connaissances et les méthodes des archéologues permettant de trouver et d’interpréter des sites enterrés ou cachés sur lesquels ont eu lieu des activités humaines passées peuvent s’appliquer directement aux enquêtes médico-légales modernes. En Amérique du Nord, l’archéologie judiciaire est souvent considérée comme une spécialisation de l’anthropologie médico-légale.

Dans les années 1970 et 1980, les enquêteurs des affaires criminelles ont commencé à faire appel aux archéologues afin de les aider à localiser, fouiller et documenter certains sites de crimes, en général des cas d’inhumations clandestines liées à des meurtres. Au cours des décennies suivantes, les archéologues sont devenus de plus en plus impliqués dans différents types d’enquêtes, notamment dans la fouille des fosses communes regroupant des victimes des guerres modernes, ainsi que dans l’enregistrement et la récupération de ces restes relatifs à ces évènements qui ont impliqué le décès simultané de nombreuses personnes. Les archéologues judiciaires aident les enquêteurs pour diverses tâches : la recherche des restes humains, la fouille du site, l’enregistrement des données et leur interprétation.

La recherche des indices

La recherche d’une dépouille humaine commence lorsqu’un objet ou une information amène les enquêteurs à penser qu’un crime a été commis ou qu’un décès inhabituel a eu lieu. Un anthropologue médico-légal est en général appelé à participer à l’enquête lorsque des restes humains sont trouvés éparpillés sur le sol et/ou lorsque que l’on soupçonne que des restes humains sont enterrés quelque part. La première étape du travail consiste à définir une zone de recherche. Elle est en général accomplie par l’archéologue qui travaille conjointement le Coroner ou la Police. Le Coroner et la Police peuvent disposer de témoignages qui alimentent l’enquête. L’archéologue examine alors le site potentiel de crime identifié par le témoin et essaie de déterminer si le témoignage est vrai ou faux.

Dans la plupart des cas, les restes humains sont trouvés à la surface, sur le sol. Les archéologues sont habitués à mener des recherches « de surface » lors desquelles ils inspectent rigoureusement le sol en enregistrant et en collectant des informations sur les activités humaines qui ont eu lieu sur le site. Dans un contexte médico-légal, la présence d’os sur le sol traduit le fait qu’une personne est décédée ou a été tuée en extérieur, et que les processus naturels de décomposition et de consommation des restes par des animaux et des insectes ont affecté la position du corps ou des différentes parties anatomiques. Les charognards qui se font compétition pour les ressources alimentaires peuvent transporter des parties de la dépouille à plusieurs kilomètres de l’endroit d’origine. Des processus naturels tels que la pluie ou la gravité peuvent également modifier la position et l’état de conservation des restes et des objets qui leurs sont associés, par exemple le contenu des poches du défunt. Les archéologues disposent de connaissances sur ces processus naturels qui leur permettent de localiser les restes humains et de reconstituer la position originale du défunt.

Lorsqu’un corps est enterré, des changements environnementaux apparaissent, et les archéologues judiciaires sont généralement en mesure de les détecter. Un de ces changements est la transformation de la densité du sol. Le sol est formé de différents composants organiques et minéraux, et il se forme sur une très longue période de temps. Les humains affectent la nature du sol, par exemple lorsqu’ils labourent pour faire pousser des plantes ou lorsqu’ils construisent des bâtiments. Ces activités modifient la nature du sol qui s’est formé naturellement, notamment au niveau de sa densité. Il se passe la même chose lorsque quelqu’un creuse pour enterrer une dépouille. Ainsi, un sol meuble, peu dense, suggère qu’il a été retourné récemment, soit par une activité humaine ou animale. Parfois, des différences dans la densité du sol peuvent s’observer visuellement, mais les archéologues qui utilisent des outils tels que des pelles ou des truelles peuvent le sentir au toucher, et ainsi détecter des zones ou le sol naturel a été perturbé.

La densité du sol change avec la taille des sédiments qui le composent. Des grains de sable sont plus gros que des grains de limon, qui sont eux-mêmes plus gros que des grains d’argile. La densité du sol varie donc naturellement d’un endroit à l’autre, mais une perturbation récente comme lors d’un enterrement clandestin rend le sol inévitablement beaucoup moins dense que le sol naturellement en place alentour. Pour les évènements plus anciens qui relèvent de l’archéologie traditionnelle, le même principe s’applique, mais au fil du temps, le sol perturbé finit par reprendre une densité proche de celle du sol naturel non retourné.

la décoloration du sol Sur les photos ci-dessus, on observe les différences entre le sol foncé et meuble qui constitue le remplissage d’une tombe et le sol naturel non perturbé qui est plus clair et plus dense.

Un autre changement ayant lieu lors de l’enterrement d’un cadavre et pouvant être remarqué par les archéologues judiciaires est la formation d’un petit monticule de terre au-dessus du corps enterré. Parfois, une partie du sol qui a été déplacée lors du creusement de la tombe est visible car elle recouvre la végétation et forme même parfois un autre petit monticule. Au fil du temps, le sol qui recouvre le cadavre a tendance à se tasser et donc à baisser de niveau par rapport à la surface, surtout à l’endroit de la cage thoracique qui s’écrase lorsque les organes sont décomposés. De plus, des plantes différentes de celles de l’environnement immédiat poussent sur le sol meuble et humide de la tombe (même si les fluides de décomposition du cadavre peuvent être toxiques pour certaines plantes). En général, le sol d’une tombe est plus meuble, plus foncé et plus organique que le sol naturel qui l’entoure. Tous ces phénomènes aident les archéologues à identifier une zone potentielle d’enterrement qui est alors fouillée pour récupérer les restes du corps de la victime.

La collecte des indices

La plupart des enquêtes médico-légales qui requièrent l’aide des archéologues a lieu en extérieur. Il est donc important de tenir compte de l’endroit où va se dérouler l’enquête ainsi que de la météo. La question logistique doit aussi être abordée pour déterminer les équipements nécessaires au travail sur le terrain, la manière dont on va aborder le site et délimiter la zone d’enquête.

Dans les cas où les restes humains sont enterrés, l’archéologue judiciaire va organiser une fouille. La fouille est l’action de creuser méthodiquement pour découvrir les objets enfouis dans le sol. Lors d’une enquête médico-légale, un archéologue est éventuellement appelé pour fouiller une tombe. Avant que le processus destructif de la fouille soit mis en place, toutes les traces et objets retrouvés à la surface sont enregistrés et prélevés. Ces indices de surface peuvent être des plantes, des insectes, des objets tels que des vêtements ou une arme, et des restes humains. Dans tous les cas, ils sont photographiés et indiqués sur un plan du site, ce qui permet de bien les localiser, notamment par rapport à d’autres éléments comme des bâtiments, des cours d’eau, des rues ou des clôtures. Une fois l’enregistrement de ces indices est réalisé, les enquêteurs peuvent les collecter. La manière dont les objets sont collectés et conservés dépend de plusieurs facteurs qui sont expliqués dans la section : Inventaire des pièces à conviction.

La fouille est un processus destructif, par conséquent, une documentation soigneuse du travail effectué est très importante. Lorsqu’il est en présence d’une tombe, l’archéologue judiciaire doit en premier lieu définir la forme et la taille de la fosse. Ensuite, il fouille attentivement le sol en notant, photographiant et prélevant tout ce qu’il trouve et qui pourrait aider à comprendre comment la personne est décédée, comment elle a été enterrée et qui elle est. Le sol extrait de la tombe est souvent tamisé afin de retrouver de petits objets passés inaperçus lors de la fouille et qui peuvent compléter les éléments de l’enquête, comme des os ou des insectes.

Il existe plusieurs types d’équipement qui peuvent aider à trouver et analyser les indices d’une scène de crime. Le relevé de la zone étudiée peut se faire à l’aide d’un GPS (guidage par satellite), une boussole, un niveau, un fil à plomb, des crayons, une règle avec différentes échelles, du papier millimétré, des rubans à mesurer et de la ficelle pour former un quadrillage sur le site. Du matériel encore plus avancé technologiquement peut aussi être utilisé, par exemple une « station totale » qui mesure les distances en trois dimensions à l’aide de faisceaux laser et d’un prisme, et qui permet de localiser tous les objets.

Les fouilles impliquent l’utilisation d’une pelle et d’une petite truelle. Des outils plus petits en plastique ou en bois sont également utilisés pour la fouille fine du squelette afin de ne pas abîmer les os. Le fouilleur doit toujours porter des gants afin de ne pas se blesser avec d’éventuels objets coupants ou dangereux dans la zone de travail. Pour protéger à la fois les objets collectés et le fouilleur d’une éventuelle contamination, ce dernier doit aussi porter une combinaison et un masque. Lors de la fouille de plus grandes aires comme dans le cas d’une fosse commune, on peut parfois utiliser des engins mécaniques lors du commencement de l’opération pour bien définir la zone de travail.

Étant donné que les os humains sont fragiles, les archéologues judiciaires doivent s’assurer de disposer du matériel approprié leur permettant de collecter et de manipuler les restes. Les os sont en général placés dans des sacs de papier qui sont eux-mêmes stockés dans des boîtes de carton sans acide qui contribuent à leur protection lorsqu’ils sont transportés pour être analysés. Les sacs de papier permettent l’absorption de l’humidité et évitent de cette manière la formation de moisissures et de champignons sur les restes.

Lorsque le fouilleur découvre le squelette dans une tombe, il en fait un relevé à la main et le photographie avant de prélever les os. La fouille continue jusqu’à ce que toute la tombe ait été fouillée et vidée. Le but de la fouille n’est pas seulement de récupérer les restes humains, mais aussi de collecter tous les objets et toutes les informations qui pourraient donner des indices sur l’identité de la personne et sur ce qui lui est arrivé.

L’enregistrement des indices

Les indices découverts par les archéologues judiciaires sont parfois utilisés lors des procès en justice. Dans certains pays, dont le Canada, les juges, les jurés et les avocats ne sont pas présents lors de l’enquête sur une scène de crime. Ils ne savent donc pas à quoi ressemblait la scène de crime lorsqu’elle a été découverte. De plus, les enquêteurs modifient la zone d’enquête par leur travail en circulant sur le site, en fouillant et en collectant les indices. C’est pour cette raison qu’il est très important d’enregistrer tous les éléments qui composent le site lorsqu’il a été découvert et analysé. Des informations sur la position et l’état des indices doivent être enregistrées sur le site au moment de la découverte, ou « in situ ».

Les enquêteurs peuvent utiliser un quadrillage qui leur permet d’enregistrer sur un plan la position de tous les indices retrouvés. Ils disposent donc sur le site un quadrillage régulier à l’aide de ficelles et de piquets. En général, les carrés du quadrillage mesurent 1m x 1m, mais ceci peut être amené à changer en fonction des besoins de l’enquête. Un axe du quadrillage est nommé à l’aide de lettres, et l’autre à l’aide de chiffres, ce qui permet de n’avoir qu’un seul nom par carré, par exemple A3 ou D6. Le quadrillage est mis en place à partir d’un point unique appelé point de repère principal.

Le quadrillage est très utile pour les archéologues judiciaires car ils doivent collecter les indices à la surface avant de fouiller la tombe. Le fait d’enregistrer les relations spatiales entre les objets en trois dimensions permet de détecter d’éventuelles associations entre eux. Par exemple, si l’on trouve une douille de cartouche d’arme à feu à la surface du carré 1A et que la tombe est localisée enfouie dans le sol du carré 2A avoisinant, leur proximité suggère une relation entre ces deux éléments.

Relever un site de crime, c’est-à-dire le représenter par un dessin ou à l’aide d’appareils de technologie numérique, constitue une étape importante dans l’enregistrement du site et des indices découverts. Un plan du site peut être complété à l’aide d’autres moyens d’enregistrement tels que des photographies qui confirment la découverte et la localisation des objets retrouvés. Un plan complet contient le nom de la personne qui l’a réalisé, la date, le nom ou le code du site, une flèche indiquant le Nord, et une échelle. L’échelle indique le degré de réduction des dimensions du site sur le dessin. Par exemple, une échelle de 1:100 signifie qu’un centimètre sur le dessin représente 100 centimètres sur le site. L’utilisation des plans sur du papier est limitée car elle ne permet la représentation du site que dans deux dimensions (la longueur et la largeur) d’un site en trois dimensions (longueur, largeur et hauteur). Par conséquent, plusieurs plans de papier sont requis afin de montrer les différents niveaux verticaux. Par exemple, un des plans montrerait la position d’un lit dans une chambre, et un autre plan mettrait en évidence les indices retrouvés sous le lit. Des plans de profil peuvent être réalisés, ils permettent une vue de « côté » plutôt que la vue du dessus plus traditionnelle.
la cartographie d'un site
Le relevé d’un site d’enquête, des zones avoisinantes et de la localisation de tous les indices constitue une part importante du travail sur le terrain et de l’enquête. La triangulation est une méthode qui permet de mesurer la distance relative entre les objets. Elle est réalisée par la mise en place d’un axe de base, en relation avec le point de repère principal, qui s’étend sur tout le site et à partir duquel toutes les mesures sont prises. Tous les indices trouvés sur le site sont positionnés sur le plan à partir de deux points différents de l’axe de base, ce qui forme un triangle ayant pour troisième point l’objet que l’on localise. Il est possible de cette manière de produire un plan à l’échelle avec les distances de chaque objet par rapport à l’axe de base et des objets entre eux. Ainsi, la triangulation constitue une alternative à la mise en place d’un quadrillage sur le site. Si le site est trop vaste, les enquêteurs peuvent utiliser une combinaison des deux méthodes en établissant un très grand quadrillage avec des carrés de 10m x 10m par exemple, et en utilisant la triangulation à partir des coins des carrés à l’étude.

Interprétation du site et des indices

La documentation d’un site est une partie très importante du travail des archéologues, mais leurs hypothèses quant à la détermination de pourquoi et  comment les évènements se sont produits constitue aussi une contribution non négligeable de leur part aux enquêtes médico-légales. Les interprétations fournies par les archéologues judiciaires se basent sur plusieurs concepts-clés : le contexte, les associations, la provenance, le temps écoulé depuis les évènements, et la formation du site.
Contexte. Le contexte est un concept central en archéologie qui est utilisé pour l’interprétation des sites de crime. Les archéologues considèrent les objets et les personnes découvertes lors d’une enquête médico-légale en relation avec les objets et les personnes qui se trouvent à proximité. Ce sont ces autres éléments, avoisinant le site, qui constituent le contexte. Les enquêteurs essaient de comprendre comment l’environnement affecte ou est en relation avec un objet. Si un os est trouvé à proximité d’une ferme, il s’agit probablement d’un os animal. Si ce même os porte des traces de découpe, on peut suggérer que l’animal a été dépecé à la ferme et donc que les traces de découpe n’ont rien à voir avec une affaire criminelle.

Cependant, les explications les plus simples et les plus logiques ne sont pas toujours correctes. Par exemple, un crâne retrouvé en contrebas d’une pente abrupte pourrait être interprété comme ayant roulé sous l’effet de la gravité après la décomposition des tissus et son détachement du reste du squelette. Il se peut également que la personne soit décédée ailleurs et qu’un animal charognard ait apporté le crâne jusqu’au site de sa découverte, dans une pente qui pourrait lui avoir permis de se cacher des autres animaux. Ainsi, la compréhension du contexte, c’est-à-dire de la zone et des objets avoisinant le site et qui peuvent avoir un intérêt pour l’enquête, aide les archéologues à documenter la nature des restes en présence, leurs éventuelles associations avec d’autres éléments, la manière dont ils sont arrivés sur le site, ainsi que les raisons pour lesquelles ils sont importants pour l’enquête.

Association. Les associations sont des relations entre des objets, des lieux ou des personnes qui peuvent aider les enquêteurs à résoudre des affaires criminelles. Par exemple, une balle qui a blessé la victime peut être en relation avec une douille de cartouche découverte à proximité de l’endroit d’où la balle a été tirée. La douille peut être associée à une arme à feu en particulier, et son propriétaire pourrait être la personne qui a tiré. Ainsi, la douille, la balle, l’arme à feu, la victime et le coupable sont associés.
Le lieu où est retrouvé le corps de la victime peut donner des informations en association avec le type de personnes qui fréquente le lieu en question. Par exemple, des restes humains retrouvés sur un sentier de forêt isolé pourraient avoir appartenu à un randonneur ou un chasseur qui connaissait l’endroit et l’utilisait fréquemment. Mais ce genre d’association peut se révéler faux : la personne décédée pourrait aussi bien être un touriste perdu qui s’est engagé sur le sentier dans l’espoir de retrouver son chemin. Les enquêteurs doivent donc considérer toutes les associations possibles dans leur travail.

ILLUSTRATION : fosse commune avec quatre personnes alignées, on distingue une montre avec un bracelet brisé au poignet d’un individu, entre le premier et le deuxième squelette.

Provenance. La détermination de la provenance des éléments constitue une part importante du travail d’enquête archéologique. La provenance revoie au lieu où se sont trouvés les objets avant d’être impliqués dans l’enquête judiciaire, par opposition à l’endroit où on les a retrouvés. Lors des enquêtes médico-légales, les squelettes ou les parties de squelette sont souvent découverts sur le bord d’un cours d’eau. La dépouille a donc été apportée par l’eau à l’endroit de la découverte. La provenance du corps désigne l’endroit d’où il est parti, qui peut également être le lieu du décès, potentiellement par noyade. Différents facteurs peuvent influencer les déplacements d’un corps dans l’eau, notamment les courants aquatiques, la flottaison du corps s’il est muni d’un gilet de sauvetage, ou l’action des animaux marins. Tous ces facteurs doivent être pris en compte lorsque l’on essaie de déterminer la provenance d’une dépouille. L’identification exacte de ces facteurs et la découverte de l’endroit de départ du cadavre peut être décisif pour l’identification de la victime, les circonstances de sa mise à l’eau, les causes du décès et la durée écoulée depuis ce moment. Des objets tels que des chaussures peuvent être retrouvés sur une plage et très utiles à l’enquête. Par exemple, le contenu en pollens et sédiments de la semelle de la chaussure pourrait aider à identifier la provenance de la personne en caractérisant l’environnement dans lequel elle s’est trouvée avant que son corps ne finisse dans l’eau.

Temps écoulé depuis la déposition des indices sur le site. Dans le contexte médico-légal, la détermination du temps écoulé depuis l’arrivée des restes sur le site constitue une étape importante. En général, le temps écoulé depuis la déposition des restes correspond à l’intervalle temporal post-mortem, c’est-à-dire le temps qui s'est écoulé depuis le décès de la personne. Étant donné que les archéologues sont amenés à analyser des objets parfois très vieux, ils doivent considérer que l’état de conservation au moment de la découverte peut être différent de l’état d’origine, lorsque l’objet a été déposé. Dans le cas des os humains, il faut tenir compte de la décomposition des tissus mous (muscles, peau, etc.), de la présence de charognards, de la température, de l’humidité, de l’altitude, de la végétation locale, de l’enfouissement ou non des os, de l’acidité du sol, etc. Étant donné que de nombreux facteurs sont impliqués dans la conservation des restes, l’estimation des intervalles temporels post-mortem est rarement précise (par exemple, la marge d’erreur peut s’étendre d’une semaine à trois mois). Cependant, chaque petite information peut aider à identifier la victime et à déterminer la manière dont elle est décédée.

La formation du site. Il s’agit du processus par lequel une scène de crime est créée, par l’interaction entre des personnes et le lieu. La formation du site peut être le résultat d’actes intentionnels comme le creusement d’une tombe, ou involontaires comme le fait de laisser des empruntes sur le sol. Les enquêteurs analysent la scène du crime dans le but de comprendre les évènements qui l’on formée ainsi. Pour cela, ils prennent des photographies et dessinent le site tel qu’ils le découvrent, puis ils collectent tous les indices disponibles. Par la suite, ils mènent une réflexion logique et critique afin de déterminer de quelle manière le site a été modifié par les personnes impliquées dans l’affaire.

Le fait de savoir si le corps a été enterré intentionnellement ou non est important pour déterminer si un crime a été commis ou s’il s’agit d’un décès accidentel. Par exemple, une fouille attentionnée des restes humains peut démontrer si ces derniers ont été enterrés par des processus naturels ou non. Dans un cas d’enterrement naturel, il peut s’agir du résultat d’une crue de rivière qui dépose des sédiments sur les berges. Le corps qui gonfle lors de sa décomposition peut avoir flotté, et lorsque la décomposition est terminée, le squelette coule. Les eaux rapides peuvent ajouter des sédiments au fil du temps et recouvrir le squelette, et lorsqu’elles se retirent, les restes peuvent être partiellement ou complètement enfouis. Un enterrement non naturel résulte de l’action d’une personne qui creuse un trou, place la dépouille à l’intérieur et le remplit de terre. Dans ce cas, on peut s’attendre à avoir affaire à un crime.

L’écriture du rapport

Un rapport est une description formelle d’un évènement ou d’une enquête. Un rapport médico-légal explique tout ce que les enquêteurs ont réalisé, de quelle manière ils l’ont réalisé, et ce qu’ils pensent être les meilleures interprétations possibles. Il est très important car il doit être en mesure d’expliquer les résultats d’une enquête à un juge et potentiellement à un jury, et ces personnes n’ont ni assisté au crime, ni à l’enquête. Il n’existe pas de protocole précis pour la rédaction d’un rapport médico-légal au Canada, mais les scientifiques doivent aborder les points suivants:

  • Le résumé du rapport
  • Le contexte de l’enquête (comment l’auteur s’est retrouvé impliqué dans l’enquête)
  • Les qualifications de l’auteur (ce qui lui permet d’être considéré comme une autorité sur le sujet)
  • Les matériels, méthodes et limites (quel travail a été réalisé, comment et pourquoi, et les problèmes rencontrés pour approfondir l’enquête et/ou l’analyse)
  • Les résultats (ce que les indices impliquent)
  • L’interprétation des résultats (ce que les indices signifient)
  • Les conclusions (un deuxième court résumé du rapport qui rappelle les découvertes et leur importance)
  • La bibliographie (quelle ont été les sources d’information utilisées : littérature professionnelle, interviews, etc.).