Passer au contenu de la page

À la rencontre des sciences médico-légales

À la rencontre des sciences médico-légales

Anthropologie Médico-Légale

 Ressources / Anthropologie Médico-Légale

Anthropologie Médico-Légale

L’anthropologie médico-légale est l’application de l'anthropologie aux enquêtes criminelles. Elle utilise les concepts et les méthodes de l’anthropologie biologique (l’étude des caractéristiques physiques des humains).

L’identification d’individus jusqu’alors inconnus constitue un objectif clé de l’anthropologie médico-légale. Pour cela, les anthropologues établissent en premier lieu un profil biologique. Cette étape consiste à estimer l’âge, le sexe, la taille et l’origine ethnique de l’individu, en plus de relever toutes les caractéristiques qui lui sont particulières, telles que les maladies ou les blessures. Par la suite, l’anthropologue analyse les blessures subies par l’individu dans la période de temps qui a précédé son décès, ce qui peut éventuellement permettre de déterminer les causes de la mort. Afin de réaliser tout ce travail, l’anthropologue commence par se poser une série de questions :

Est-ce bien de l’os?

L’anthropologue doit tout d’abord s’assurer que les matériaux dont il dispose sont bien des os. En effet, il existe de nombreux objets qui peuvent être confondus avec l’os au premier coup d’œil, surtout s’ils sont recouverts de poussière ou d’autres substances : fragments de céramique, plastique, morceaux de bois, pierres, petits fragments de béton, etc. Afin de trier tout ce matériel, l’anthropologue commence donc son travail en nettoyant et en observant attentivement tous les objets, parfois même à l’aide d’un microscope.

Ces os sont-ils humains?

Une fois que l’anthropologue a mis de côté tous les os présents, il doit déterminer s’ils appartiennent à un humain ou à un animal. En effet, tous les mammifères partagent la même organisation spatiale de leur squelette. Ainsi, le crâne, la colonne vertébrale (qui se poursuit par la queue), les côtes (qui protègent les organes internes) et les quatre membres sont situés aux mêmes endroits. Cependant, la forme des os ainsi que la manière dont ils sont reliés entre eux diffère d’une espèce à l’autre. En examinant la taille, la forme et la structure d’un os, l’anthropologue peut déterminer s’il s’agit ou non d’un os humain.

Quels os sont présents?

Une fois la présence de restes humains établie, l’enquêteur doit déterminer de quels os (ou fragments d’os) il s’agit. La plupart des anthropologues débute cette étape en plaçant tous les os sur une table de manière à ce qu’ils reflètent l’organisation physique normale des humains : c’est ce que l’on appelle la « position anatomique ». Cette étape apporte de nombreux éléments à l’analyse. D’abord, la position anatomique permet d’établir un inventaire visuel du squelette de l’individu qui amène à identifier rapidement les parties manquantes. Ensuite, elle permet d’étudier les os de manière systématique par un inventaire détaillé pendant lequel on observe également la présence de traumatismes, de pathologies, ou de traits particuliers qui reflètent la vie de l’individu. Enfin, l’examen de chaque os permet de considérer le squelette en entier et de déceler d’éventuelles incohérences entre les éléments ou bien de comprendre la relation entre plusieurs traumatismes qui touchent des os différents.

Lors du travail sur le site où sont trouvés les restes humains, il est très important de réaliser un premier inventaire du squelette. En effet, il permet aux professionnels qui travaillent sur le terrain de savoir ce qu’il leur reste à trouver et donc de récupérer tous les restes humains du site. Ce premier inventaire est également important d’un point de vue criminologique puisqu’il indique à la fois les éléments anatomiques présents et ceux qui ne le sont pas. L’absence de certains éléments peut fournir des informations au sujet des évènements péri-mortems, de la taphonomie post-mortem et des actes qu’a réalisés le criminel.

Combien de personnes sont représentées dans les restes retrouvés?

En plus de constater la présence ou l’absence des éléments anatomiques, les anthropologues doivent déterminer le nombre d’individus représentés dans le lot de restes humains à l’étude. Pour cela, ils recherchent les éléments qui apparaissent en double, par exemple, deux fémurs droits (os de la cuisse), mais aussi des différences de taille ou de conservation des os. Si les éléments ne concordent pas entre eux, cela peut signifier que deux individus sont représentés. Lorsque les os de deux ou plusieurs individus sont mélangés, l’anthropologue essaie de départager les squelettes pour pouvoir les étudier séparément.

Le fait d’établir le nombre d’individus représentés est très important, surtout lorsqu’il s’agit d’un crime. Selon les cas, plusieurs individus peuvent être tués au même moment et laissés tous au même endroit, ou bien avoir été tués sur une plus longue période tout en étant déposés à chaque fois au même endroit. Parfois, les criminels enterrent leurs victimes dans une fosse commune afin de dissimuler leur crime. Dans tous les cas, il est important pour l’enquête que les anthropologues soient très précis dans leur travail de détermination du nombre de victimes. 

Les restes sont-ils récents ou anciens?

Les Premières Nations se sont déplacées sur le continent américain pendant plusieurs milliers d’années. Ils enterraient leurs morts au fur et à mesure, selon leurs coutumes. Dans certains cas, les tombes n’étaient pas signalées dans le paysage, d’autres l’étaient, mais les éléments qui les marquaient se sont souvent décomposés ou ont disparu. De nos jours, ces anciennes tombes sont parfois exposées à l’air libre par la pluie, l’érosion, ou les activités humaines. En tant que spécialistes dans l’étude des restes humains, les anthropologues sont alors appelés afin de déterminer si la tombe est du ressort de l’archéologie ou si elle est moderne. Ainsi, si les restes humains sont de nature archéologique, le groupe culturel étant le plus susceptible d’être le descendant de ces restes est contacté et prend en charge les os qui sont souvent réinhumés ailleurs. Cependant, si les restes sont à l’évidence récents, ils sont pris en charge par le coroner ou par le médecin légiste.

Les anthropologues sont souvent en mesure de dire si des restes humains sont anciens ou modernes à partir de leur contexte de déposition. Le contexte de déposition comprend des informations sur l’emplacement, la position et la conservation des restes, ainsi que sur les évènements qui ont conduit à inhumer la personne. Les matériaux associés à la tombe peuvent également renseigner sur l’époque. Par exemple, si l’individu porte des vêtements modernes, et que l’on retrouve sur lui un téléphone cellulaire ou un lecteur mp3, ou que ses dents montrent des traces du travail d’un dentiste moderne, on peut déduire que la personne est décédée récemment. Par contre, si la personne est trouvée en association avec des objets culturels qui ressemblent à ceux des groupes Amérindiens locaux, il va de soi que la personne a été enterrée suivant la pratique culturelle de son groupe et n’a rien à voir avec le domaine médico-légal.

À qui appartiennent les restes ?

Les anthropologues apportent des éléments qui permettent l’identification des victimes en établissement un profil biologique, c’est-à-dire qu’ils déterminent l’âge, le sexe, la taille et l’origine ethnique à partir du squelette. Des caractéristiques spécifiques à la personne peuvent aussi faire partie du profil biologique, comme des maladies ou des traumatismes qui ont affecté les os.

Sexe

La première étape dans l’établissement du profil biologique est la détermination du sexe de la victime. Le sexe est l’aspect biologique de la personne, déterminé par les gènes et exprimé par des caractéristiques sexuelles primaires (organes reproductifs, hormones) et secondaires (musculature, pilosité, etc.). Par opposition à ce trait biologique, le genre renvoie à l’expression sociale de l’identité de la personne et caractérise son rôle et son comportement dans la société. Le genre est en général déterminé par l’aspect biologique, mais parfois, les normes sociales et culturelles peuvent influencer son choix, et un individu ne s’identifie pas forcément au genre qu’on lui attribue. Les anthropologues ne cherchent pas à déterminer le genre de la victime, mais des effets personnels peuvent parfois l’indiquer.

Les différences hormonales et visuelles qui distinguent les hommes des femmes créent également des différences visibles au niveau du squelette. Ce « dimorphisme sexuel » est surtout observable sur les os du bassin et du crâne. Les différences sexuelles qui caractérisent le bassin sont surtout le résultat de contraintes évolutives et fonctionnelles. En effet, tous les humains sont adaptés à la marche bipède, mais les femmes ont la particularité de donner naissance à des bébés qui ont des têtes relativement grosses. Ces contraintes produisent des différences structurelles du bassin entre les sexes qui peuvent être utilisées pour séparer les hommes des femmes à l’aide de leur squelette.

Le crâne montre également un certain degré de dimorphisme sexuel. En effet, les hommes ont tendance à avoir des crânes plus gros que les femmes. De plus, en moyenne, ils ont un développement musculaire plus important qui implique des attaches musculaires plus en relief. Ces différences de taille et de robustesse du crâne peuvent donc être utiles pour déterminer le sexe des individus.

D’autres éléments du squelette peuvent refléter ces différences de taille et de robustesse. Si le crâne et le bassin ne sont pas disponibles, il est possible de prendre des mesures sur d’autres os qui peuvent aider à déterminer le sexe de la victime. Cependant, il faut rester prudent avec ce genre de résultats car il existe un chevauchement considérable des mesures entre les hommes et les femmes.

Âge

L’estimation de l’âge d’une personne au moment de son décès repose sur deux processus fondamentaux : la croissance et la dégénérescence. L ‘observation de la croissance et des changements liés au développement est basée sur le degré de croissance de chaque os, ainsi que sur la formation et l’éruption des dents chez les individus immatures. À la naissance, nos os sont principalement composés de cartilage souple, et au fur et à mesure que nous grandissons, ce cartilage est remplacé par de l’os solide à partir des centres d’ossification. Les enfants disposent de plus de 300 centres d’ossification qui, par leur fusion, vont finir par former les 206 os du squelette adulte. Étant donné que ces centres d’ossification croissent et se fusionnent selon un schéma temporel que l’on connait, il est possible de déterminer, à partir de leur observation, l’âge de l’enfant étudié. De la même manière, les dents se développent et sortent de la gencive en suivant un schéma temporel régulier, permettant une détermination précise de l’âge des juvéniles.

os de main
Figure 1 : Différences dans les étapes de développement de la main entre des enfants de 6 mois, 6 ans et 8 ans (de gauche à droite). On constate l’apparition de petits os aux extrémités des os les plus longs sur les photos du milieu et de droite : au fur et à mesure que l’on grandit, ces os fusionnent entre eux pour ne former qu’un seul os. L’apparence et la fusion de ces os aident les anthropologues à déterminer l’âge au décès de la personne.

os de genou
Figure 2. Radiographie du genou d’un enfant. On observe aisément les lignes entre les parties longues des os (les diaphyses) et les extrémités (les épiphyses). Au cours de l’enfance et de l’adolescence, les épiphyses vont se fusionner aux diaphyses.

os au fil du temps

Un peu avant trente ans, la croissance des os se termine et l’âge au décès doit, par conséquent, être évalué à partir des changements liés aux processus dégénératifs de l’organisme. Les articulations sont très sujettes à la détérioration, et le bassin constitue une partie anatomique de choix pour estimer l’âge au décès. Sur la partie avant du bassin, au niveau de la jointure entre les deux os coxaux et au-dessus de la région pubienne, se trouve ce que l’on appelle la symphyse pubienne. Cette articulation subit des changements continus au cours de la vie d’une personne et peut être utilisée pour déterminer l’âge physiologique (voir figure 2). La quatrième côte peut également être utilisée pour estimer l’âge au décès d’une personne, car son extrémité qui la relie au sternum s’ossifie constamment avec l’âge. Finalement, il est aussi possible d’observer le crâne pour réaliser une estimation de l’âge au décès. En effet, même si le crâne paraît n’être qu’un seul bloc, il est en réalité constitué de multiples os reliés entre eux par ce que l’on appelle les sutures crâniennes.  Ces sutures, qui ressemblent des zippers, sont plus « ouvertes » chez les jeunes et se fusionnent jusqu’à devenir quasiment invisibles chez les individus les âgés.

fin des os

Figure 3 : Changements de la surface de la symphyse pubienne selon 6 étapes (I-VI), des individus les plus jeunes (à gauche) aux plus vieux (à droite).

Origine

L’identification de l’origine de la personne décédée fait également partie de la réalisation du profil biologique par les anthropologues. Dans notre société, on utilise parfois le terme de « race » en référence aux différences entre les populations. Cependant, d’un point de vue biologique, le concept de race n’existe pas et les anthropologues privilégient plutôt le terme « origine ». Afin de déterminer l’origine, les anthropologues utilisent des traits anatomiques visibles sur le squelette et qui ont tendance à être plus ou moins présents selon les populations. Ils ne peuvent pas déterminer des informations telles que la couleur de la peau ou des yeux, mais ils peuvent replacer l’individu parmi trois grandes catégories géographiques : européen, africain ou asiatique. Cependant, il est important de tenir compte que malgré le fait que des gens de même origine aient tendance à partager certaines caractéristiques, la variation biologique humaine est plus grande à l’intérieur des populations qu’entre les populations. Ceci implique un degré non négligeable de chevauchement des caractéristiques entre les différentes origines. Lors des enquêtes médico-légales pour lesquelles le but ultime est l’identification de la personne décédée, l’origine que l’on essaie de déterminer s’oriente vers la reconstitution de l’apparence de la personne plutôt qu’à la détermination de son héritage biologique. L’origine est estimée à l’aide de mesures, d’observations et d’analyses sur les os du visage et du crâne.

Taille

L’estimation de la taille de l’individu lorsqu’il était en vie peut aussi aider à son identification. Étant donné qu’il existe une forte relation entre la longueur des os des membres et la taille, les anthropologues prennent des mesures de ces os et les incluent dans des formules mathématiques qui tiennent compte du sexe et de l’origine de l’individu. Ces formules fournissent un intervalle de tailles dans lequel se trouve la personne décédée, permettant parfois d’exclure certains individus qui sont plus grands ou plus petits lors de l’identification.

Caractéristiques particulières

Des caractéristiques physiques particulières aux individus peuvent être utiles pour son identification. Des problèmes génétiques ou nutritionnels, ainsi que toutes sortes de maladies, d’infections et de fractures guéries peuvent marquer l’os d’une manière unique. La comparaison de ces données aux registres médicaux réalisés ante-mortem peuvent permettre de trouver des corrélations utiles à l’identification.

Les facteurs génétiques peuvent jouer un rôle important dans la présence de caractéristiques particulières aux individus. Par exemple, une maladie génétique appelée Osteogenesis Imperfecta («maladie des os de verre») implique des fractures osseuses répétées que l’on peut observer à divers endroits sur le squelette, selon divers degrés de guérison. Étant donné que cette maladie requiert un suivi médical constant, les individus affectés disposent d’un dossier médical ante-mortem consistant qui pourrait aider à son identification.

Les problèmes nutritionnels peuvent également laisser des traces sur les os. Les anémies (carences en fer) liées à l’alimentation entraînent un gonflement de l’espace réservé à la moelle dans les os, surtout au niveau de la voûte crânienne. De plus, les carences en vitamines C et D peuvent être identifiées à l’aide du squelette. Elles entraînent respectivement le scorbut et le rachitisme, et impliquent une mauvaise minéralisation des os qui deviennent plus mous et qui peuvent même se déformer sous le poids des individus.

Les maladies néoplasiques comme les cancers peuvent affecter le squelette de deux manières. Les cancers qui touchent les tissus mous peuvent engendrer de la pression sur les os environnants qui montrent alors des lésions, voire même des trous. D’autres types de cancers impliquent la croissance de tumeurs à l’intérieur même des os. Qu’elles soient d’origine bénigne ou maligne, ces tumeurs peuvent produire des changements osseux importants qui peuvent être identifiés longtemps après la décomposition des tissus mous.

Les maladies infectieuses peuvent également fournir des informations sur la vie des personnes.  Par exemple, la tuberculose est une maladie bactérienne qui cause des lésions des os, notamment sur la colonne vertébrale, les côtes et le bassin. De même, la syphilis, une infection transmissible sexuellement, forme des porosités dégénératives sur la surface des os, et dans les cas les plus avancés, une dégradation des os du nez et du menton. La maladie de Hansen, ou lèpre, attaque en premier lieu les tissus mous qui se nécrosent et peuvent entraîner l’atrophie et la dégénérescence des os avoisinants.

Les fractures constituent aussi des évènements de la vie qui peuvent aider à l’identification. Les os que l’on fracture guérissent, mais gardent souvent des traces du traumatisme, à la manière d’une cicatrice sur la peau. Si la fracture était importante et a requis une intervention médicale, il est possible que des plaques de métal ou des vis soient présentes. Certaines de ces pièces possèdent un numéro de série qui peut permettre de retracer le manufacturier. Ce genre d’information peut réduire de beaucoup la liste des identités possibles pour le squelette. Il en est de même pour les prothèses telles que les dentiers, les yeux de verre, les pacemakers et les membres artificiels qui sont toutes spécifiques aux individus qui les portent. Elles sont relativement rares, mais lorsqu’elles sont présentes, elles se révèlent très utiles.

Que s’est-il passé?

Les anthropologues judiciaires sont également formés à examiner les traces pouvant les informer sur les circonstances du décès de l’individu. Ceci implique l’analyse des traumatismes du squelette et la différenciation des lésions causées par des balles d’armes à feu, des objets tranchants, des objets contondants, etc. Les traumatismes liés à l’utilisation d’objets tranchants sont en général circonscrits à une petite zone visible sur le squelette. Les coups de couteau, les balafres et les coupures pénètrent souvent suffisamment les chairs pour laisser des traces dans l’os. Les traumatismes liés à l’utilisation d’un objet contondant affectent au contraire une plus grande surface de l’os. Ils peuvent causer des fractures des os des bras et des jambes, mais aussi un écrasement, voire un éclatement des os de la voûte crânienne. Les traumatismes impliqués par des projectiles sont caractérisés par l’application d’une force importante sur une toute petite surface. Ils sont causés par les balles d’armes à feu, des flèches, des lances ou tout autre petit objet projeté à haute vitesse. Les dégâts causés par ces armes sur l’os peuvent permettre de déterminer la direction selon laquelle le projectile a été lancé. Il existe plusieurs autres formes de traumatismes que les anthropologues peuvent observer sur le squelette, par exemple des traces de strangulation, d’électrocution, de blessures causées par des produits chimiques ou par la chaleur, des explosions, etc.

En plus de l’observation détaillée de chaque traumatisme du squelette, l’étude du schéma global des lésions présentes peut apporter des informations importantes. Des blessures multiples causées par des objets contondants sur tout le corps pourrait révéler une longue chute ou un accident de voiture. De la même manière, des blessures causées par des objets tranchants sur les mains et les bras pourraient indiquer une situation ou l’individu était en position de défense. La direction des projectiles dans le corps de la victime peut être utilisée afin de confirmer ou de réfuter la version des faits des suspects. L’anthropologue doit donc enregistrer de manière exhaustive tous les traumatismes en précisant leur type, leur position sur le corps de la victime et leur nombre afin de permettre la reconstitution des évènements qui ont conduit au décès. Bien qu’ils ne soient pas légalement responsables de déterminer la cause du décès, les anthropologues collectent des informations qui aident le coroner et les médecins légistes à établir leur version officielle de l’affaire.

Quand est-ce arrivé ?

Qu’il s’agisse d’un accident ou d’un crime, la chronologie d’un évènement est un aspect important pour l’enquête. Afin de déterminer le temps écoulé depuis le décès de la victime, les anthropologues utilisent leurs connaissances de la taphonomie pour comprendre le contexte du site et les facteurs qui ont altéré les restes humains. La taphonomie inclut tous les processus biologiques et non biologiques qui contribuent à la décomposition, à la disparition des tissus mous et aux changements du sol associé aux restes humains. Les facteurs biologiques peuvent avoir pour origine des actions humaines, des animaux, des plantes, des insectes et des invertébrés. Les carnivores charognards à la recherche de restes frais, et les rongeurs qui grugent les os séchés, sont aussi responsables des changements taphonomiques. Les racines des plantes peuvent altérer la surface des os, et les insectes et les vers déplacent parfois les restes lorsqu’ils creusent le sol ou font leur nid. Les éléments non biologiques tels qu’un pH du sol faible, le vent, l’eau et le sable peuvent éroder la surface des os. Des périodes répétées de gel et de dégel peuvent fragmenter les os alors que la chaleur intense et le soleil peuvent les faire craquer et les écailler. Ainsi, à partir de leurs connaissances sur les processus taphonomiques, les anthropologues peuvent estimer la durée depuis laquelle une dépouille a été inhumée ou exposée aux éléments, et déterminer si un ensemble de restes humains a été déplacé ou non.

La confirmation d’une identification

Lorsque le profil biologique de la victime a été établi, et que l’on ne dispose plus que d’une personne portée disparue pouvant concorder avec les restes retrouvés, les enquêteurs doivent s’assurer qu’il s’agit bien de la même personne. Une des meilleures manières d’arriver à le prouver est de comparer les dossiers médicaux ante-mortem avec l’observation des restes. Par exemple, des radiographies prises durant la vie de la personne peuvent être comparées à celles des os retrouvés. Les examinateurs recherchent alors des concordances au niveau de la taille, de la forme et de toutes les caractéristiques possibles pour déterminer si les radiographies ante-mortem et post-mortem représentent ou non le même individu. Les dossiers médicaux des personnes porteuses d’implants chirurgicaux tels que des pacemakers, des implants mammaires, des vis orthopédiques, etc. peuvent être corrélés avec la présence d’objets similaires parmi les restes.

placements des os

Même si les informations que les anthropologues fournissent enrichissent l’enquête, ils ne peuvent pas identifier officiellement une victime. En Amérique du Nord, le coroner et le médecin légiste sont les seules personnes à pour voir le faire de manière valable au regard de la loi. Si les dossiers médicaux ante-mortem, les preuves matérielles, et l’étude des restes humains concordent, l’identification est considérée comme « présomptive ». Cela signifie que les enquêteurs présument que la personne décédée correspond bien à la personne portée disparue. Ils recherchent alors une preuve supplémentaire, souvent en proposant aux membres de la famille de fournir des échantillons pour réaliser une analyse d’ADN. Si l’ADN de la victime concorde avec celui de la famille, alors l’identification est considérée comme « positive ». Les restes de la victime sont alors retournés à la famille. Cependant, dans certains cas, les analyses d’ADN ne fournissent pas de résultats suffisamment probants pour confirmer l’identification, et le coroner ou le médecin légiste doit décider si tous les éléments de l’enquête sont suffisants pour confirmer l’identification.

L’écriture du rapport

Un rapport est une description formelle d’un évènement ou d’une enquête. Un rapport médico-légal explique tout ce que les enquêteurs ont réalisé, de quelle manière ils l’ont réalisé, et ce qu’ils pensent être les meilleures interprétations possibles. Il est très important car il doit être en mesure d’expliquer les résultats d’une enquête à un juge et potentiellement à un jury, et ces personnes n’ont ni assisté au crime, ni à l’enquête. Il n’existe pas de protocole précis pour la rédaction d’un rapport médico-légal au Canada, mais les scientifiques doivent aborder les points suivants:

  • Le résumé du rapport
  • Le contexte de l’enquête (comment l’auteur s’est retrouvé impliqué dans l’enquête)
  • Les qualifications de l’auteur (ce qui lui permet d’être considéré comme une autorité sur le sujet)
  • Les matériels, méthodes et limites (quel travail a été réalisé, comment et pourquoi, et les problèmes rencontrés pour approfondir l’enquête et/ou l’analyse)
  • Les résultats (ce que les indices impliquent)
  • L’interprétation des résultats (ce que les indices signifient)
  • Les conclusions (un deuxième court résumé du rapport qui rappelle les découvertes et leur importance)
  • La bibliographie (quelle ont été les sources d’information utilisées : littérature professionnelle, interviews, etc.).